jeudi 13 février 2014

Les mesures de performance et le secteur public



Les organismes publics étant financés en grande partie par les contribuables, ils doivent rendre compte à la population de leurs budgets, de leurs décisions d’investissements ou de leurs partenariats dans certains projets d’affaires. Constamment scruté à la loupe, les organismes gouvernementaux se font un devoir de fournir des services aux citoyens selon les moyens qu’ils disposent. Il est donc fort important de comprend la réalité du secteur public. Les organismes doivent fournir des services qui respectent un budget et un niveau de qualité acceptable pour la population, mais l’amélioration de la qualité des produits et services ne se fait pas sans dépenses additionnelles. Il y a donc un équilibre coûts/qualité à respecter qui rend l’évaluation de la performance des organismes publics relativement complexe.

Pour maximiser le rendement et l’utilité des mesures de performance dans une organisation, elles doivent être enlignées avec la stratégie et les buts ultimes de l’organisation. Un des aspects de la mesure de la performance au sein du secteur public qui est régulièrement discuté dans les travaux de recherches est la difficulté à établir clairement les buts et objectifs des différents départements des organismes publics. Effectivement, lorsque vient le temps d’établir les objectifs organisationnels et les indicateurs de performances qui seront utilisés, il est important de bien déterminer qui sont les parties prenantes dans cette évaluation de la performance. Dans le secteur public, cette notion cause problème sur le fait que le gestionnaire/employé à être évalué sur sa performance est à la fois un employé du gouvernement, un payeur de taxes et d’impôt ainsi qu’un utilisateur de services publics. Il devient donc ardu de sélectionner des mesures de performance et des objectifs qui sont légitimes, et en lien avec la mission générale du gouvernement qui est essentiellement de rendre des services de qualité acceptable, à un prix raisonnable aux contribuables.

Un autre facteur important à considérer dans la difficulté à établir des indicateurs de performances appropriés pour les agences publiques et les organismes gouvernementaux est que la constatation de leurs résultats peut ne pas être totalement attribuable à la performance de l’organisme. Prenons par exemple un établissement scolaire qui a comme objectif de diminuer le taux d’échec entre la première et la deuxième année du secondaire. Cette mesure peut être améliorée sans que l’efficacité réelle de l’établissement scolaire en soit pour autant responsable. Effectivement, si une cohorte d’élève font plus d’effort à la maison et utilise de l’aide externe pour leur apprentissage, le taux d’échec pourrait diminuer, sans pour autant que l’établissement scolaire en soit le responsable. Il devient donc très difficile d’isoler la variable que nous voulons évaluer pour l’atteinte d’un objectif dans un organisme public.


Si l’utilisation des mesures de performance est déjà bien présente au sein des organismes gouvernementaux, il en demeure pas moins que la sélection des indicateurs de performance et l’analyse des résultats demeure ambiguë. Dans le secteur privé, les mesures de performance sont principalement utilisées pour maximiser la performance financière de l’organisation et ainsi augmenter la richesse des actionnaires (à l’exception des ONBL). Dans le secteur public, les performances peuvent être évaluées pour justifier à la population l’implantation d’un programme social, ou tout simplement pour augmenter la confiance des contribuables envers le gouvernement. Il est donc important de bien déterminer pour qui on évalue la performance d’un organisme public, et pour quelle raison. 

4 commentaires:

  1. À la suite du cours de la séance 5 sur la comptabilité de management et le secteur public, votre billet sur les mesures de performance dans le secteur public m'a interpellé par sa pertinence. À la lecture du reste du blogue, quelques questions surgissent sur l'utilisation des mesures de performance dans le secteur public.

    Tout d'abord, à votre avis, dans leur utilisation du tableau de bord, est-ce que les organisations publiques utilisent davantage les indicateurs financiers que les indicateurs non-financiers, notamment depuis la venue du courant du nouveau management public?

    La recherche présentée en classe la semaine dernière semblait démontrer que les indicateurs financiers (revenus, dépenses) prennent de plus en plus de place. L'exemple de Revenu Québec, qui "gonfle" ses revenus (et ses comptes à recevoir) pour atteindre les cibles, me laisse perplexe. Cette façon de faire semble satisfaire les exigences des gestionnaires et les employés, qui sont évalués sur ces cibles, atteignent les objectifs. Comme le mentionnait M. Laurin, "You get what you measure". Donc, parfois l'utilisation d'indicateurs financiers semble se faire au détriment des indicateurs non-financiers.

    Dans un autre billet, qui recense les différences et les convergences entre les types d'organisations, vous parlez de la capacité financière comme d'un facteur pour prioriser les indicateurs à plus long-terme. Dans le secteur public, où cette capacité financière est importante - du moins, en pratique - est-ce que vous croyez que le nouveau management public aura comme incidence de réduire l'étendue des indicateurs et de regarder à plus court-terme? Dans le même ordre d'idée, est-ce que les gouvernements minoritaires et les enjeux politiques peuvent aussi réduire l'horizon temporel des indicateurs?

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  2. Bonjour,

    Je trouve votre discussion sur la performance du secteur public très intéressante. Toutefois, il me semble qu’en parlant du gouvernement, on ne peut pas passer à côté de la réglementation à respecter. Au Québec, c’est la Loi sur l’administration publique (LAP) qui fixe un cadre de gestion, accordant une priorité à la qualité des services aux citoyens.
    http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/A_6_01/A6_01.html

    Elle est axée sur : l’atteinte des résultats, la transparence et l’imputabilité accrue de l’Administration publique devant l’Assemblée nationale. Selon cette loi, les ministères et organismes sont responsables de produire : un Plan stratégique pluriannuel, un Rapport annuel de gestion et une Déclaration de service aux citoyens. Personnellement, je vois beaucoup de ressemblances entre le Plan stratégique pluriannuel d’un ministère ou organisme et le tableau de bord équilibré des entreprises privées – les deux sont composés de mesures et cibles de performance pour différents axes. Le rapport annuel de gestion rend compte des résultats atteints pour chacune des mesures et des cibles établies. La Déclaration de service aux citoyens porte sur les objectifs quant au niveau et à la qualité des services aux citoyens. Des exemples des trois documents peuvent être consultés sur les sites Internet des différents ministères et organismes. Ils ont obligés de les publier (la transparence).

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  3. Le point soulevé sur la réglementation combinée avec les questionnements soulevés à la lecture du billet m'interpelle également. Tout comme mon confrère Pier-Luc Nappert l'a soulevé, la tendance de certains organismes publics à travailler à l'atteinte d'objectifs financiers de certaines façons inappropriées à mon sens alors qu'ils devraient œuvrer pour le bienfait de la société me trouble au plus haut point. À mon avis, les organismes publics ont une image de marque propre à eux toute particulière et considérer les effets de telles actions contre le bon citoyen ne peut qu'inévitablement affecter celle-ci à la négative. Toutefois, le gouvernement est élu par le peuple et est l'acteur qui agit à double sens sur ces institutions en situation de monopole. Il y a là un phénomène d'agence important à ne pas négliger, tel que M. Claude Laurin en a fait part lors de sa conférence. Approfondir le tout me semblerait très pertinent en lien avec le présent sujet.

    J'ai noté qu'il y avait également un lien important et intéressant à noter avec les actions corporatives socialement responsables. En effet, les activités propres au CSR telles que décrites dans l'article d'Abagail McWilliams (2011) nous indiquent l'importance de tenir compte de l'axe social du développement durable afin d'aboutir à une gestion efficace. Un bienfait commun à une valeur pour la société qui, lorsque détruite par le choix d'une entreprise, devient un coût d'opportunité pour cette société. Dans le cadre d'une société du secteur public, afin de rapprocher le tout du sujet du billet, on se retrouve avec un coût double pour l'entreprise. D'une part, la mission première est de livrer un service de qualité et accessible à la population, les externalités prenant un poids d'envergure supérieur, à mon sens, par rapport aux autres organisation. D'autre part, la société devrait profiter d'un motif supérieur pour encourager le gouvernement à développer ses activités qui ont des externalités positives pour la population, le tout se traduisant ainsi par des votes qui à leur tour motivent généralement bien les gouvernements dans leurs décisions de financement qui risquent à leur tour de se tourner vers les organisations du secteur public qui ont cet impact positif sur la population. Bref, le fait de ne pas agir pour favoriser les externalités positives est coûteux pour les organisations qui recevront moins de subventions ou un montant moindre dans leur budget pour opérer dans leur secteur d'activité, mais qui répondront moins bien à leur mission, n'atteindront pas les objectifs qu'ils devraient normalement ciblés en priorité pour être conséquent avec leur vision stratégique.

    Ainsi, il serait intéressant d'approfondir le tout afin de soulever de nouvelles discussions sur le sujet de la création de valeur par le biais de l'offre de services du secteur public, tant pour l'organisation, que pour les clients et la société dans son ensemble.

    2. Abagail McWilliams, Donald S. Siegel (2011). Creating and Capturing Value: Strategic Corporate Social Responsibility, Resource-Based Theory, and sustainable Competitive Advantage. Journal of Management 2011 37: 1480.

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  4. Les mesures de performance dans le secteur public reste un sujet très délicat. Comme le rôle des organismes gouvernementaux est essentiellement de fournir des services aux citoyens financés par les taxes et les impôts de ceux-ci, il est inévitable que tous les dépenses et investissements du gouvernement soient scrutés à la loupe. De ce fait, les mesures de performances deviennent essentielles afin de s’assurer que l’argent des contribuables soit utilisé de manière honnête et justifié. Pour continuer sur le point de Pierre-luc, les organismes gouvernementaux se doivent donc d’utiliser bon nombre d’indicateurs financiers pour être en mesure de justifier les investissements effectués avec l’argent des contribuables.
    Cependant, le but premier du gouvernement étant de fournir des services essentiels aux citoyens avec les moyens disponibles, il est probable que dans certains cas les services rendus ne soient pas optimaux, car délivrer un service optimal coûterait trop cher aux contribuables. Les organismes gouvernementaux doivent donc fournir des services de qualités, avec les moyens dont ils disposent. Cette tâche ardue fait en sorte que le gouvernement doit fournir des services de qualités sans pour autant bénéficier des ressources humaines et financières optimales. Cette situation fait en sorte que les indicateurs de performances non-financiers deviennent très importants afin de s’assurer de la meilleure efficacité et efficience des ressources disponibles.
    De plus, je suis tout-à-fait en accord avec le point soulevé par Dima qui mentionne que le plan stratégique pluriannuel des administrations publiques ressemble drôlement à un tableau de bord équilibré. Le plan stratégique pluriannuel des organismes gouvernementaux et le tableau de bord équilibré des entreprises privées sont effectivement composés de mesures de performance pour différents axes, mais avec un but ultime différent. Le secteur privé étant essentiellement concentré sur le profit et les résultats financiers, alors que les organismes gouvernementaux sont plutôt axés sur la livraison de services de qualités aux citoyens à un prix raisonnable. Il est donc inévitable que les indicateurs de performances ne soient pas les mêmes.

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